AU DIABLE LA CULPABILITE
Ressentir la culpabilité c’est se sentir coupable. Quel qu’en soit l’objet, qu’elle soit fondée ou infondée, la culpabilité est un sentiment envahissant, désagréable et consommateur d’énergie, contraire au bien-être et la liberté de penser et d’agir de chaque individu. En outre, elle altère, brouille les relations entre les hommes. Dès lors, elle n’est supportable qu’à partir du moment où elle a une utilité mais, dans la majorité des cas, elle est injustifiée et subie.

Comprendre que nous ne sommes responsables que de nous-mêmes, c’est comprendre que nous ne sommes pas responsables des autres et de ce qu’ils ressentent.
De même, c’est prendre conscience que nous sommes la seule personne à pouvoir faire quelque chose pour nous-même. Nous sommes seuls titulaires de nos choix et seuls face à deux alternatives : soit agir sur les évènements, soit les subir.

Décider pour soi c’est se respecter, s’assumer, porter seul la responsabilité de ses choix
c’est respecter les autres, ne pas leur faire porter la responsabilité de choix qui
ne leur incombe pas

Une culpabilité exacerbée tient au dérèglement de notre mode de fonctionnement ; elle peut être caractérisée de « pathologique ». Elle vient de ce que l’on croit avoir un pouvoir sur les autres et par là, du fait que l’on nie leur existence et leur libre arbitre. Cette culpabilité malsaine résulte également des responsabilités infondées que l’on s’impose ou se laisse imposer. Or, nous sommes des êtres humains, par définition, imparfaits et limités. Et, comme nous sommes tous uniques, différents, il nous appartient d’éprouver nos propres limites.

Dépasser cette culpabilité injustifiée, relève d’un cheminement jalonné de prises de conscience. Ce processus de longue haleine consiste à :

1- mieux comprendre les ressorts de la culpabilité

2- cerner ses conséquences sur notre vie

3- appréhender les principaux terreaux fertiles de la culpabilité

4- adopter un comportement qui permette de tenir à distance la culpabilité et de lâcher prise

En définitive, il s’agit de retrouver la pleine mesure de notre liberté, de notre paix intérieure et d’une vie harmonieuse en communauté.

I   Mieux comprendre les ressorts de la culpabilité pour ne plus en être victime

La culpabilité est un ressenti désagréable dont nous avons tous fait l’expérience.

Quelle est son origine ? Comment s’installe - t’elle ? Avons-nous une part de responsabilité dans ce ressenti ? telles sont les questions que l’on peut légitimement se poser.

Comprendre les ressorts de la culpabilité ne va pas de soi. Si nous sommes des êtres vivants qui ressentons des émotions prises sur l’instant ou éprouvons des sentiments plus durables, nous n’en connaissons pas toujours l’origine : d’une part, parce qu’un état affectif peut faire appel à plusieurs émotions ou sentiments, d’autre part parce que nous ne connaissons pas assez la manière dont nous fonctionnons.

La culpabilité emprunte à l’émotion comme au sentiment. Elle peut être ressentie sur le moment (ex . la culpabilité éprouvée lorsque nous refusons de donner la pièce demandée par une personne qui mendie alors que nous ne manquons de rien) mais le plus souvent elle se vit sur le mode du « sentiment » car elle s’inscrit dans le temps (ex. la culpabilité vécue de manière récurrente après le décès d’un être proche alors que nous ne lui avons pas rendu visite comme prévu le week-end avant sa mort).
Le plus souvent inconsciente et persistante, la culpabilité est latente et ressurgit chaque fois que la pression se fait trop grande ou qu’un fait nous renvoie à une situation déjà vécue.

Nos états affectifs mobilisent l’organisme (ex. oppression, rougeur, mains moites, frissons, sudation…) mais surtout le cerveau (la réflexion sur soi, l’analyse de notre vécu… cette petite voie intérieure diabolique malveillante). Ce qui nous culpabilise c’est moins le déclencheur de l’évènement que nous vivons que l’interprétation que l’on en a.

Ainsi, ce qui culpabilise une personne peut laisser une autre indifférente. Cette situation s’oppose à l’idée selon laquelle la culpabilité résulte d’une cause extérieure ou des autres. La cause est toujours à rechercher en soi, même si le déclencheur est externe.
Ce sont nos pensées qui nous font éprouver un sentiment de culpabilité. La culpabilité est par nature cérébrale, imaginaire, focalisante .

Face à des situations similaires, une même interprétation suscitera toujours la même réaction comme une histoire qui se répète. A titre d’exemple, une fille à qui son père n’aura pas manifesté d’amour dans son enfance ne se sentira pas digne d’être aimée et coupable de ne pas l’être. Elle se sentira coupable de ne pas correspondre à ce que celui-ci attend d’elle et n’exprime pas clairement, coupable de ne pas être le garçon qui était attendu aux lieu et place de cette petite fille, coupable d’être l’enfant d’un premier mariage,… Cette culpabilité laisse des traces. A l’âge adulte, outre de manquer de confiance en elle, cette jeune fille se choisira inconsciemment des partenaires avec lesquels l’engagement affectif sera difficile et s’imputera ses échecs sentimentaux en pensant qu’elle a commis une faute.
Ainsi, par notre schéma de pensée et la reproduction à l’identique de la réponse apportée à une situation qui se représente, nous alimentons le sentiment de culpabilité au point que cela devient parfois un automatisme, voire un mode de fonctionnement, un mode de vie.
Notre avons donc une pleine responsabilité dans l’installation, l’entretien, voire l’adoption de la culpabilité comme mode de fonctionnement. Tout cela, au prime abord, n’est pas forcément conscient.

A l’origine de la culpabilité, il y a toujours une faute, réelle ou pas ; une faute qui se conçoit comme la contravention à une règle que l’on a intériorisée.
Mais quelle est la nature de cette faute ? sa dimension ? de quels types de règles parle t’ on ? Comment nous sont-elles instillées ? Sont elles toujours réellement justifiées ou réalistes ?
Aux yeux de beaucoup de nos concitoyens, nous commettons une faute lorsque nous contrevenons à trois types de règles :



1- les lois

Elaborées par le Parlement au nom des citoyens, elles sont acceptées par eux et ont vocation à assurer la cohésion sociale. En effet, sans Etat de droit, nous ne pourrions pas vivre en communauté. La justice est là pour nous le rappeler et sanctionner les crimes et délits. Quel est alors le rôle de la culpabilité ?

La culpabilité a pour seul objectif de nous décourager à passer à l’acte. Une fois la faute réalisée, la culpabilité ne sert plus à personne. Rare par exemple qu’un « serial killer » éprouve de la culpabilité. Quant à la famille de la victime, le fait de savoir que l’auteur de l’acte reconnaît son crime, se repentit et soit condamné ne lui enlève pas sa peine, tout au plus elle l’atténue, et encore ! Nous ne pouvons pas revenir sur ce qui est fait et nous n’oublions pas : il nous faut apprendre à vivre avec.

L’utilité de la culpabilité est uniquement dissuasive mais son efficacité tend à diminuer comme en témoigne la recrudescence d’une certaine forme de criminalité. En effet, son efficacité tient à l’intégration de la règle. Or, les institutions, quelles qu’elles soient, sont de plus en plus défaillantes : démission des parents, à l’école recul de l’apprentissage d’une discipline affirmée…
Sans assimilation de la règle, il est improbable que celle-ci soit appliquée ou même que la conscience de l’homme fasse naître un sentiment de culpabilité.

2- les codes sociaux, moraux et religieux

Ils supposent votre adhésion et n’engagent que les personnes qui consentent à les suivre.
En aucun cas, vous ne pouvez exiger des autres de se conformer aux règles socio-spirituelles qui ne sont pas les leurs.

En revanche, vous avez le devoir de respecter leur mode de vie, leurs mœurs, … sans pour autant les partager. Ces derniers ont également le même devoir envers vous.
Mais le respect se mérite et doit être réciproque. D’abord, parce que la liberté des autres s’arrête là où commence la vôtre et vice et versa. Ne vous reniez pas !

Cet état de fait met à bas la tradition qui veut que l’on respecte ses aînés. Si ceux-ci usent de cette tradition pour vous manquer ouvertement de respect, il vous appartient d’y mettre fin sans culpabiliser.
Que penser par exemple de cette poignée d’hommes issus de l’église catholique américaine qui dispensent le catéchisme aux enfants, leur inculquent des préceptes religieux visant à les dissuader de « pêcher » et, dans le même temps, abusent de leur innocence pour commettre des actes de pédophilie. Ni leur culpabilité, leur demande de pardon ou l’indemnisation des victimes n’effacera leur crime. Les enfants concernés sont à jamais marqués comme en témoigne la réaction de l’un d’entre eux : vingt ans après les faits, devenu homme, celui-ci  manifeste une « haine » encore vivace contre son agresseur et refuse l’indemnisation proposée par l’église pour « lavage des pêchés » passés.
Qu’est-ce qui nous oblige à oublier l’inoubliable ? Rien, ni personne. Il est trop tard ! Le corps et la mémoire ont imprimé.

3 - les règles personnelles

Nous les établissons en nous construisant soit en réaction, soit par mimétisme des personnes avec lesquelles nous partageons le même environnement. Elles sont personnelles dans la mesure où notre libre arbitre intervient et que l’on cesse d’être sous l’emprise des autres c’est à dire à partir du moment où l’on développe un esprit critique au regard de ce que l’on nous apporte et que l’on décide de se l’approprier ou pas.
En effet, on ne rejette ni ne prend jamais tout des autres. Mais avec ce vécu commun, on constitue sa propre personnalité et arrête sa propre ligne de conduite, celle que l’on s’impose en-dehors de toute contrainte externe. Dès lors, le choix des règles que l’on décide de suivre est important. Elles ne doivent pas trop être éloignées de ce que l’on est  et de ce qu’on est en capacité d’assumer. Elle suppose un travail sur soi pour mieux apprendre à se connaître et procéder à la juste évaluation des règles que l’on fait siennes.
Fixer la barre trop haute génère frustration et culpabilité.

La contravention à l’ensemble de ces règles a t’elle la même valeur ? Sûrement pas !

Les règles juridiques sont « objectives » et se justifient : à chaque crime et délit, considéré comme une faute réelle, correspond une sanction reconnue par l’ensemble de la société (code pénal ou autre).
Ce n’est pas le cas des règles socio-spirituelles ou personnelles qui comportent une dimension subjective et relativisent la faute au point d’en souligner le caractère « imaginaire ». Or, c’est cette dimension subjective qui permet à la culpabilité malsaine de se répandre et personne ne se révolte outre mesure « la peine n’est pas à la hauteur du pénal ».

II- Cerner les conséquences négatives de la culpabilité sur notre vie

En agissant en souterrain, la culpabilité nous maintient dans une cercle vicieux.
Il n’est pas facile de mettre des mots sur nos maux quand notre inconscient est en action : soit nous nous sentons coupable en raison d’une faute imaginaire qui procède d’une mauvaise analyse de la situation, soit nous faisons les frais de « non dit » qui ne nous permet pas de comprendre ce que l’on vit . Dans les deux cas, il s’avère difficile de s’extirper du cercle vicieux de la culpabilité.
A titre d’exemple, un enfant à qui on mentira sur sa naissance (enfant abandonné, enfant d’un inceste, d’un viol, d’un amour interdit…) se sentira coupable du désamour ressenti sans disposer des clés qui lui permettent de comprendre que ce n’est pas lui le problème mais ceux qui lui cachent la vérité sur les conditions de sa naissance, doublé de ceux qui sont à l’origine de ces conditions.

La culpabilité est un frein à l’action.
Elle est obsédante, focalise le cerveau sur le tort présumé causé à autrui. Elle rend difficile toute réflexion objective, le recul sur les évènements et leur juste évaluation de la situation. On vit intensément la culpabilité et plus rien d’autre n’existe. On vient même à ne pas entendre le discours déculpabilisant de ses proches. Prenons l’exemple d’un accident de la route impliquant deux véhicules : dans l’un d’entre eux, une mère qui conduit l’un de ses enfants à la crèche, dans l’autre, une personne qui se rend à son travail et ne soupçonne pas qu’une défaillance technique des freins de son auto va la conduire à griller un stop et provoquer cet accident. L’enfant meurt sur le coup. La mère se remettra de ses blessures mais culpabilisera en pensant avoir tué son enfant dans un accident de la route. Pourtant, l’accident a été occasionné par un tiers. De même, partageant avec son époux le fait de déposer l’enfant à la crèche en fonction des disponibilités de chacun, l’accident aurait pu arriver au mari si celui-ci avait emmené son enfant à la crèche.

L’autre personne se sentira coupable d’être à l’origine de l’accident et culpabilisera sûrement de la mort d’un enfant. Or, les freins avaient été changés récemment et il s’avère que ceux-ci présentaient un défaut non décelé à la fabrication. Par ailleurs, ils auraient pu céder à un tout autre moment.
Plus simplement, avec 10mn d’avance ou de retard de l’un ou l’autre, ils ne se seraient pas croisés.
La vie est faite de probabilités plus ou moins fortes mais personne ne peut dire si un événement se produira ou pas et à quel moment.
Ni l’un ni l’autre des conducteurs n’a commis volontairement d’infraction au code de la route. La faute est imaginée dans l’esprit des deux protagonistes.

Sans nier la douleur et sans oublier, il convient d’accepter un état de fait. Culpabiliser, c’est regarder en arrière et arrêter le compteur de votre vie au moment où s’est produit l’expérience douloureusement vécue.  Mais vous avez le choix de continuer à vivre, pour vous et ceux qui sont bien vivants et partagent votre vie.

La culpabilité nous empêche de profiter pleinement des moments de bonheur et des plaisirs de la vie.
Si vous avez été élevé dans l’austérité avec pour valeur unique le travail et que pendant toute votre enfance vous n’êtes jamais parti en vacances, il y a des chances pour que vous culpabilisiez lorsque que vous en prendrez pour la première fois et que cette culpabilité vous ronge au point que vous n’arriviez pas à vous détendre, que vos loisirs soient gâchés et que vous n’éprouviez pas de plaisir. La culpabilité altère notre réflexion. En reproduisant nos schémas de pensée, nous créons nous-même un environnement peu propice à notre bien-être.

La culpabilité parasite la relation avec les autres dans la mesure où elle est symptomatique, selon les cas :

§ de votre sentiment de supériorité sur les autres, de votre volonté de tout maîtriser, de votre orgueil

Pour certains d’entre nous, nous avons une opinion trop avantageuse de nous même, nous pensons être supérieurs aux autres et pouvoir tout maîtriser, les évènements comme les hommes. Dans un monde mouvant, l’idée de contrôler tout ce qui nous entoure nous rassure. Or, nous n’avons pas ce pouvoir : nous avons nos propres limites. Par ailleurs, nos responsabilités et libertés s’arrêtent là où commencent celles des autres. C’est le décalage entre la réalité et ce que nous en imaginons qui nous fait éprouver un sentiment de culpabilité : plus l’écart est grand, plus nous avons une vision démesurée de notre influence sur notre environnement, plus sera grande notre culpabilité.

A titre d’exemple, quelqu’un qui vient de perdre son ami par suicide va se culpabiliser de n’avoir pu l’empêcher et va être tourmenté par cette idée. Cela se traduira dans l’expression par le conditionnel : « et si j’avais été plus à l’écoute », « si j’avais été présent à ce moment là, ce ne se serait pas produit »,….Or, nous ne sommes pas dans la tête des autres. Le ressenti du « mal être » est personnel sans compter qu’une personne vraiment suicidaire sera tentée de recommencer et  usera de tous les stratagèmes en sa possession pour échapper à la vigilance de ses proches. Vous n’êtes responsable que de vous-même ; c’est une responsabilité suffisante.


§ de l’envie, voire la jalousie des autres à votre égard

Ø de votre réussite

Il n’est pas rare que dans une fratrie, un des frères réussisse mieux que les autres. Ses proches, par jalousie, peuvent tantôt insinuer qu’il doit sa réussite à la chance (et aux fruits de son travail et des efforts), tantôt sous-entendre qu’il a « plus », plus les moyens d’avoir une belle maison, une belle voiture, de partir en vacances….qu’il n’a pas besoin d’émarger à l’héritage de ses parents. Ce faisant ils laissent sous-entendre qu’ils ont eu moins de chance, qu’ils mériteraient en conséquence d’être mieux aidés. Ils culpabilisent ainsi celui qui a réussi et l’empêche d’éprouver la satisfaction d’avoir une situation sociale plus enviable.

Ce même phénomène peut être observé dans le monde du travail. Celui qui réussit, doit se battre pour conserver sa place de « dirigeant ». Il est généralement attaqué de toute part. On lui fait des procès d’intention : celui d’être partial, d’abuser de sa position dominante, d’avoir détourné une procédure… même sans avoir commis de faute, il se sentira coupable de pas bien communiquer, de ne pas être transparent, pas assez vigilant,…. et s’il dispose d’une aura telle qu’on ne peut pas l’atteindre sur un plan professionnel, qu’il ne se fasse pas d’illusions, il sera visé sur un plan plus personnel par le biais des rumeurs, de la manipulation…

Ø de votre physique

Une belle femme qui subit les remarques insidieuses sur son apparence des autres femmes, généralement au physique moins avantageux et envieuses, ou les regards ou les approches insistants des hommes, peut développer un sentiment de culpabilité et ne pas accepter l’image qu’elle renvoie. Pourtant, c’est la nature qui détermine son enveloppe corporelle. Elle n’est pas responsable non plus de la manière dont réagissent ces congénères, de leur manque de respect, de leur jalousie ou envie.  Enfin, une femme ne se réduit pas à ses mensurations, à la couleur de ses yeux, à sa chevelure… Comme tout être humain, elle est douée d’intelligence et dispose des qualités de cœur.
Culpabiliser à cause de son aspect physique, c’est quelque part se sous-estimer et nier que l’on a bien d’autres
qualités.
Les canons de la beauté ne sont d’ailleurs pas universels (les critères sont variables dans le temps et dans l’espace). Mieux vaut lui préférer le charme qui reflète la femme dans tout son être et son âme.

Autre exemple : une jeune femme habituellement sexy qui aura été violée, culpabilisera à l’idée que peut-être, par sa tenue vestimentaire, elle aura provoqué son agresseur alors qu’elle n’est en rien responsable des pulsions qui ont conduit cet homme à commettre l’irréparable. La culpabilité de celle-ci sera forte, sinon destructrice au point de se punir elle-même une seconde fois (refus à jamais de se mettre en valeur, voire s’enlaidir, prise de poids, tentative de suicide,…).

§ de la manipulation consciente

       La  culpabilité est un outil de manipulation qui pervertit les relations entre les hommes.

Elle peut être consciente dans le cadre d’un chantage au suicide par exemple. Lorsqu’un couple se sépare à l’initiative de l’un sans que l’autre ne le souhaite et le vive mal, ce dernier peut user de tous les moyens qui seront à sa disposition pour retenir l’être aimé, y compris jusqu’à menacer de mettre fin à ses jours pour culpabiliser celui qui veut partir. Mais la relation entre deux adultes procède de sentiments partagés, lorsque ce n’est plus le cas, de fait, elle n’existe plus. Même s’il ne veut pas se l’avouer, celui qui est quitté avec du recul s’aperçoit que les signes de la séparation couraient depuis un certain temps. Et parfois, celui qui souhaite maintenir la relation le fait pour de mauvaises raisons : la peur de se retrouver seul, du « quand dira t’on », de recommencer une nouvelle vie,….


Il faut comprendre que l’on n’a pas droit de propriété sur l’autre mais que chacun a le droit de décider de sa propre vie.

Il faut beaucoup de courage pour prendre la décision de partir et de l’assumer afin de vivre en accord avec soi-même et ce que l’on ressent. Celui qui prend l’initiative de partir, n’a pas à prendre en charge en plus le ressenti de son ex-compagne ou compagnon, quand même il souffrirait. Il n’a pas à culpabiliser. L’acceptation du chantage initial, serait condamner les deux à être malheureuses ensemble et les empêcher de reconstruire une vie plus harmonieuse, chacun de leur côté.


En définitive, la culpabilité présente plus d’inconvénients que d’avantages.

III- Appréhender les principaux besoins psychologiques et relationnels non satisfaits ainsi que  les principaux terreaux fertiles de la culpabilité que sont la famille, les cercles socio-spirituels et le milieu professionnel

La culpabilité révèle les besoins psychologiques ou relationnels non satisfaits, pourtant aussi vitaux que les besoins physiologiques : un besoin d’amour, de reconnaissance (se sentir apprécié à sa juste valeur), d’estime de soi, de sécurité (affective, financière,..), d’honnêteté, d’appartenance (à un cercle social), de paix, de sérénité, de communication,…
A titre d’exemple, un cadre qui porte continuellement un jugement critique sur le travail de son collaborateur sans jamais formuler de compliments, et en particulier lorsqu’il est satisfait, peut faire naître chez ce dernier un sentiment de culpabilité, celui de ne pas être professionnellement à la hauteur et développer parallèlement un besoin accru de reconnaissance qui le poussera à en faire toujours plus.

Si la culpabilité touche tous les aspects de la vie, elle se développe plus particulièrement dans trois cercles. Il vous est présenté quelques situations dans lesquelles vous pourrez vous reconnaître et surtout pour lesquelles vous n’avez aucune raison objective de culpabiliser. Affirmez-vous !

§ la famille

Ø l’éducation des enfants

La culpabilité peut être utilisée comme mode éducatif. Les parents font naître ce sentiment chez leurs enfants, de manière consciente ou non : en faisant peser sur les épaules des enfants des responsabilités trop importantes, en particulier, sur celles des aînés (qui se culpabilisent de ne pas être à la hauteur), en comparant les enfants plutôt que mettre en avant leurs atouts respectifs (dans la comparaison, il y a toujours un enfant qui est mis en valeur au détriment de l’autre), en utilisant le chantage affectif (ex.  « maman aime moins quand tu n’es pas sage ») , en préférant un enfant plutôt que l’autre par des attitudes, des actes manqués…
Il peut arriver que les parents eux-mêmes culpabilisent à l’idée de ne pas être à la hauteur.
Que ce soient les enfants ou les parents, ils ne sont pas responsables de leurs ressentis réciproques. Les parents peuvent adopter la meilleure éducation sans pour autant être responsables de ce que deviendront leurs enfants car, à l’âge adulte, ils ont leur propre arbitre. Le rôle des parents est de les préparer à devenir adulte, pas en être responsable toute leur vie. Quant aux enfants, ils peuvent s’affranchir de leur enfance difficile pour regarder vers l’avenir et mieux affronter la vie.
L’école n’est pas exempte de l’utilisation de la culpabilité comme moyen d’apprentissage. Ainsi, un enfant gaucher auquel on veut coûte que coûte apprendre correctement de la main droite se sentira coupable de ne pas fonctionner comme les autres.
Ø la relation Homme / Femme

La femme contemporaine réalise, selon une expression couramment utilisée, « trois journées en une ». Elle ne manque ni de courage, ni d’énergie car elle exerce souvent une activité professionnelle, assume son rôle de femme d’intérieur et s’investit généralement plus que l’homme dans l’éducation des enfants car, quoique qu’on en dise, les mœurs évoluent lentement. Quand parfois, elle manifeste de la fatigue, ose penser un peu à elle ou demander un peu d’aide à son conjoint, elle peut se voir rétorquer par Monsieur que celui-ci a fait sa journée, qu’elle manque d’organisation, qu’il y a match à la télé, qu’il a prévu de rejoindre ses copains à la chasse…..

Ø la tradition familiale

Noël est, par nature, le lieu traditionnel des retrouvailles familiales. Sous couvert des festivités, il est de bon ton de masquer les tensions qui peuvent exister. Pour certains, ce sera un plaisir, pour d’autres ce sera une obligation avec le risque de voir ce rendez-vous annuel se transformer en conflit. Sachez que vous avez toujours le choix : de voir les membres de votre famille de manière séparée, à d’autres moments dans l’année ou encore de fêter Noël avec les personnes avec qui vous avez envie de vivre des moments intenses et chaleureux, sans culpabiliser.

§ les cercles socio-sprirituels

Ø la culture judéo-chrétienne

Dans la culture judéo-chrétienne, les notions de faute et de pardon sont omniprésentes. Selon l’adage populaire : faute avouée, faute pardonnée. Il n’en est rien car toute faute n’est pas réparable, loin de là et l’on n’oublie pas. Ce précepte a, qui plus est, un effet très pervers : il relativise le tort causé à autrui et incite à la récidive puisque de toute façon il suffirait d’avouer pour être pardonné.
Il en est de même pour les actes de pédophilie que l’on découvre dans l’église américaine et qu’elle essaie de réparer par une indemnisation pour éviter de se retrouver devant la justice. La moralité a ses limites.

Ø le syndicalisme

La syndicalisme repose sur la défense d’une ligne commune même si à titre individuel les adhérents ne pas toujours en accord avec les orientations envisagées. Le meilleur exemple est celui de la défense de la retraite à 55 ou 60 ans coûte que coûte. Celui qui personnellement souhaiterait exercer une activité professionnelle au-delà de 60 ans risque d’être pointé du doigt, culpabilisé à l’idée et s’il décide de se conformer, il risque d’être en désaccord avec ses propres désirs et de mal vivre une retraite imposée par la pression sociale.
La défense par les syndicats de salariés de la fermeture des magasins le dimanche pose les mêmes cas de conscience. Il existe des salariés tout comme des étudiants qui seraient ravis de mettre « du beurre dans les épinards » mais sous couvert de la protection de leurs droits, on les culpabilise.
La généralisation face à des situations individuelles crée injustice et insatisfaction. Laissons à chacun décider de ce qui est le mieux pour lui-même ; la législation offre déjà les moyens à chacun de faire valoir et défendre ses droits s’ils sont menacés.


Ø l’appartenance à un cercle social

La réussite financière n’est pas toujours suffisante pour se faire accepter d’un groupe socialement plus élevé que celui dont on est issu. D’abord, parce que les membres du 1er groupe se fréquentent depuis longtemps, ont les mêmes codes sociaux et ont évolué dans un environnement culturel plus favorable.
Pour celui qui a aspiré à intégrer cette caste et en a maintenant les moyens financiers, il se sentira néanmoins coupable d’un manque de culture, de richesse intellectuelle, d’ouverture… en d’autres termes, il souffrira d’un complexe d’infériorité. …

Il existe pourtant des personnes de la première caste qui donnent le change et disposent d’une culture superficielle. A l’inverse, des autodidactes sont tout à fait capables de rivaliser avec des membres de cette caste et il y a beaucoup d’exemples autour de nous.

§ le milieu professionnel

Ø le travail à la chaîne

Une chaîne de fabrication fait appel à plusieurs intervenants à divers stades de la fabrication et d’assemblage d’un produit. L’équipe qui est le plus en aval a, comme toutes les autres, des objectifs à atteindre. Lorsqu’ils ne sont pas atteints, celle-ci peut se le voir reprocher et culpabilisera alors même que plusieurs facteurs dont elle n’avait pas la maîtrise sont difficiles à estimer (défauts de certaines pièces fabriquées en amont, panne machine, ralentissement de l’alimentation de la chaîne en amont, un ouvrier qui s’est blessé,…). Autant de raisons défendables qui interdisent toute culpabilité.
Ø La responsabilité du cadre, des commerciaux

La culpabilité de ces professionnels peut naître du fait qu’ils ne s’estiment pas posséder toutes les qualités d’un cadre, être à la hauteur des objectifs qu’on leur fixe, souvent très hauts, de la pression et de la compétition auxquelles ils sont confrontés. L’individualisation des salaires, le chacun pour soi, le management par la division ne font qu’accroître ce phénomène alors qu’il peut être trouvé un équilibre entre les objectifs personnels et ceux d’une équipe ou bien encore, déléguer. Ne dit-on pas qu’un bon cadre est celui qui sait manager son équipe, déléguer et atteindre les objectifs fixés.
La culpabilité tient aussi parfois au fait que les objectifs qui sont fixés ne sont pas accompagnés des moyens permettant de les atteindre (le temps nécessaire, les moyens financiers, humains, techniques…).
Enfin, elle peut résulter du fait que les dirigeants n’assument pas leurs propres responsabilités qu’ils reportent sur leurs cadres.
Si les cadres et les commerciaux effectuent un volume d’heures plus important que des employés administratifs et l’on exige toujours plus d’eux, ils doivent veiller à préserver des instants de « lâcher prise », exiger les moyens nécessaires à l’atteinte de leurs objectifs et n’assumer que les responsabilités qui sont les leurs. Dans le cas contraire, la pression risque d’être trop élevée pour un seul homme, la dépression menace et, comme nous le montre l’actualité récente, peut se terminer par un acte dramatique, le suicide.


IV- Adopter  un comportement qui permette de tenir à distance la culpabilité

La culpabilité est une souffrance que l’on s’inflige la plupart du temps inutilement. Alors comment s’en débarrasser ? Voici quelques clés permettant, sinon d’en venir à bout, du moins en diminuer la fréquence.

§ Prendre conscience que la culpabilité infiltre tous les aspects de la vie (cf ci-dessus)
§ Prévenir par l’adoption d’un comportement adapté

La culpabilité ne sert à rien puisque aucun dédommagement ne saurait réparer un crime imaginaire. Alors vaut mieux prévenir en optant pour la maîtrise de soi afin de prêter le moins possible le flan au sentiment de culpabilité :

Ø prendre du recul sur les évènements pour les analyser et choisir la réponse adéquate,
Ø peser ses mots,
Ø adopter une attitude respectueuse des autres,
Ø préférez, selon les cas, l’humour ou l’ironie à la colère immédiate.

§ N’accepter d’assumer que vos propres responsabilités

Prendre ses responsabilités c’est :

Ø assumer ses choix et leurs conséquences,
Ø devoir répondre de ses actes, comportements et paroles,
Ø retrouver sa liberté de conscience et d’action,
Ø ne pas être tenu responsable d’autrui, de ses comportements, de ses pensées, de ses émotions.

C’est aussi, reconnaître l’existence d’autrui :

Ø le laisser assumer ses propres responsabilités,
Ø lui faire confiance,
Ø ne pas l’infantiliser (adulte),
Ø déléguer (fixer un résultat attendu, mettre à disposition les moyens tout en laissant à autrui le soin de déterminer comment s’y prendre).

§ Accepter ses propres limites, ses imperfections.

La perfection n’existe pas et finit par être contre-productive. Par ailleurs, nous sommes des êtres humains : nous ne pouvons pas tout contrôler. L’accepter c’est :

Ø mieux se connaître,
Ø renoncer à notre pouvoir, à la volonté de contrôler les évènements et les autres,
Ø trouver notre juste place,
Ø adopter une vie plus équilibrée entre la vie professionnelle, personnelle, familiale, amicale,
Ø lâcher prise et retrouver notre sérénité.

§ Modifier notre regard sur la vie, nos expériences en modifiant la signification qu’on leur donne.



CONCLUSION

Tout cela ne relève que de notre seule volonté. La seule personne qui peut nous rendre heureux, c’est nous-même. On peut disposer de peu de moyens et être heureux, comme riche et malheureux. Le bonheur ne s’achète pas. L’argent peut tout au plus y contribuer.

Choisir d’être heureux, ce n’est pas être égoïste et se désintéresser du bonheur des autres.

Choisir ses relations, c’est ne pas se laisser polluer par des relations inutiles et leur préférer celles qui sont de qualité, autrement dit celles qui reposent sur le respect mutuel et sont construites en co-responsabilité.

Maintenant, il n’appartient qu’à nous de rompre le cercle vicieux de la culpabilité en agissant sur vos pensées et en assumant vos choix pour une meilleure qualité de votre vie !

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